Rennes, cœur battant du punk depuis 30 ans

À l’occasion des 30 ans du label Mass Prod’, nous sommes allés à la rencontre de celles et ceux qui font toujours planer un esprit punk sur la ville de Rennes.

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À la fin des années 1970, une génération envoie valser les normes d’une société qui ne lui accorde aucune place. Avec comme vecteur la musique, le punk est d’abord un mouvement contestataire et DIY ("do it yourself", en français : "fait main") qui s’exprime à travers les vêtements, les affiches de concerts et les pochettes de disques, les badges et les fanzines. À Rennes, certaines personnes vont permettre à des groupes de marquer durablement plusieurs générations et de faire perdurer cet esprit jusqu’à aujourd’hui.

Nelly, la mémoire

Quand Nelly Kerfanto déballe sa collection de photos du Rennes punk des années 1980, c'est un hommage qu'elle rend. « J'ai connu Ivan en 1982. C'était le guitariste des Trotskids, il est décédé en 2012. Partager ces souvenirs, c'est une promesse que je lui ai faite à l'aube de notre relation. » Nelly est une mémoire vivante. Celle qui a été photographe toute sa vie a documenté l'arrivée du punk à Rennes sans avoir forcément conscience de participer à un mouvement.

« Nous étions une bande de potes qui aimait faire la fête. On allait souvent à Brest, à Quimper. À Rennes c'était le Spectacle (devenu le Chien Jaune), le Manille, la Fun House pour les répétitions et les soirées, la Cité et l'Ubu pour les concerts... Il n'y avait pas de portables : les bars, c'était nos réseaux sociaux ! » Aujourd'hui, Nelly continue de transmettre sa passion de la photo et de l'histoire de l'art lors d'ateliers, principalement avec des enfants.

"Il n’y avait pas de portables : les bars, c’était nos réseaux sociaux !"

Nelly KerfantoPhotographe

Bruno, le taulier

Tout le monde vous le dira : Bruno, c’est le Mondo Bizarro. Et le Mondo, c’est Bruno. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir l’enseigne du mythique café-concert trôner dans la salle de la Trinquette. « Après avoir fermé le Mondo en 2021, je ne pensais pas reprendre un bistrot. Et puis on m’a proposé la Trinquette. Ça me parlait, c’était un des premiers bars où je sortais. Avec l’Ozone, le Chien Jaune, le Jardin des Plantes, c’est là que la scène rock était la plus active dans les années 80. »

Bruno Perrin, qui s’était fait la main à la Fun House et aux Tontons Flingueurs fermés respectivement en 1998 et 1999, comble un trou avec le Mondo Bizarro. Sans se revendiquer punk, celui qui a grandi avec le punk-rock de ses grands frères (« celui de ‘77 : Buzzcocks, Ramones, Undertones... »), a été membre des Gunners, TV Men, Trotskids, et a animé pendant 40 ans l’émission Punkorama sur Canal B, prône la diversité propre au mouvement. « Le Mondo m’a ouvert les yeux et les oreilles. Il était identifié comme le lieu des musiques extrêmes mais il y a aussi eu beaucoup de reggae, du blues, du jazz ou de la soul. »

Bruno Perrin bras croisés dans le bar la Trinquette. Derrière lui des clients et au dessus de lui l'ensiegne du Mondo Bizarro.

Bruno Perrin dans son bar la Trinquette, sous l'enseigne de l'ancien Mondo Bizarro.

Droits réservés : Arnaud Loubry, Rennes Métropole

"Le Mondo m'a ouvert les yeux et les oreilles."

Bruno PerrinPatron du Mondo Bizarro puis de la Trinquette

Vincent, l'artisan

L’histoire de Mass Prod’ commence en 1995 avec les Mass Murderers. « Il leur fallait une structure pour produire leurs disques et organiser leurs concerts. Ce que j’avais déjà fait pour une radio à Caen, d’où je viens. » Vincent Bride fait partie des premiers membres de l’association salariés grâce aux contrats aidés. « En tout on est une vingtaine à avoir bossé pour la Mass Prod’. Ça nous a permis d’y consacrer un maximum de temps, et d’en vivre. » La bande se met à produire des albums de groupes français et étrangers et organise des tournées sur tous les continents.

Au moment de souffler les bougies, les chiffres s’alignent miraculeusement : « 30 ans c’est 360 albums produits et 360 concerts sur 360 mois d’existence ! » Punk rock, punk hardcore, reggae, ska, oï, rock en breton, groupes émergents, compils 100% féminines… Un esprit d’ouverture qu’on retrouve dans un livre de 500 pages (lien externe), dans les foires aux disques organisées sur plusieurs villes, les stands posés dans de nombreux festivals et les rencontres annuelles du fanzinat au Jardin Moderne, où Mass Prod’ a son bureau depuis vingt ans. « On a suivi une période allant de l’alternatif au commercial. Nous on est resté des artisans, tout est bricolé maison avec une équipe de bénévoles et de services civiques passionnés. »

Une partie de l'équipe de Mass Prod dans le bar le Marquis de SAde.

Une partie de l'équipe de Mass Prod dans le bar Le Marquis de Sade, avec les groupes Cave Ne Cadas et Ratas Rabiosas.

Droits réservés : Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole.

"30 ans c'est 360 albums produits et 360 concerts sur 360 mois d'existence !"

Vincent BrideCoordinateur des productions de Mass Prod

Irvin, la relève

Depuis quatre ans, l’Uzine est à son tour placée sur la carte des musiques dites extrêmes. Irvin, chanteur du groupe Darcy, est un des trois associés « passionnés de bières et de musique. » Pour la première, se référer à la carte très fournie. Pour la deuxième, voir l’agenda tout aussi pléthorique. « On a un événement par soir et le samedi réservé au hardcore, au punk-rock ou au métal, avec des collectifs comme Cran d’arrêt, Primator crew, Roazhon 666 ou bien sûr Mass Prod’. »

Le punk-rock, Irvin est tombé dedans à 14 ans pendant une soirée Les Rockeurs ont du cœur, à la Cité. « J’ai pris une claque. C’était la scène rennaise du début des années 2000 : Tagada Jones, Banane Metalik, Shane Cough, etc. » Une scène qui crée des passerelles entre les genres et qui l’inspire. « Maintenant on joue avec eux. Et aussi avec la génération précédente, Les Shériff, Dirty Fonzy, GBH, Exploited. Le punk, ils ont ça dans le sang ! Cette passion, cette rage, ça me parle, même si je ne suis pas né à la bonne époque. »

Irvin en concert

Irvin Tollemer, chanteur du groupe Darcy et co-gérant du bar l'Uzine

Droits réservés : Grégoire Daumail

"J’ai pris une claque. C’était la scène rennaise du début des années 2000."

IrvinChanteur de Darcy

Agenda des 30 ans de Mass Prod'

Mass Prod’, « l’asso punk-rock artisan », c’est d’un côté un label de production de vinyles et de CD et de l’autre un organisateur de concerts (Breizh Disorder). L’association fondée en 1996 à Rennes fête ses 30 ans avec de nombreuses dates déjà cochées à l’agenda. Sortez le vôtre, l’année va être bien remplie !

Maxime Hardy