Vigilance crues

La situation est à l'amélioration sur l'ensemble des cours d'eau. Cependant, de nouvelles pluies sont attendues : elles pourraient ralentir les décrues en cours. La situation reste à surveiller.

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L'association rennaise Acza lutte contre l'excision depuis 20 ans

Ici et en Afrique, Acza accompagne les personnes exposées, conseille les professionnels, soutient les parents protecteurs et la reconversion des exciseuses. Entretien avec sa directrice, Martha Diomande.

Actualités

Pourquoi avoir créé Acza en 2005 ?

J'étais artiste chorégraphe à Rennes. La Ville avait organisé une conférence sur les mutilations génitales, et avec des élèves, nous y sommes allées. La violence des mots que j'ai entendus ; « crime », « acte de barbarie », m'a bloquée. Fille et petite-fille d'exciseuses, je ne le percevais alors pas ainsi. J'ai grandi à Man, en Côte-d'Ivoire, la région la plus touchée par l'excision. Par contre, je me reconnaissais dans la douleur physique, l'accouchement difficile. J'ai réalisé que si on voulait que les choses changent, on ne pouvait pas utiliser ces mots. Pour militer et avoir des résultats, il fallait une stratégie, se mettre à la place des exciseuses. Le rôle d'Acza est de faire passer notre message avec délicatesse. J'ai eu du mal à me faire comprendre au début puis, une élue m'a fait confiance... Si mon combat existe aujourd'hui c'est grâce au soutien de la Ville de Rennes.    

Comment agissez-vous ?

 À Rennes, nous animons des groupes de paroles pour soutenir les parents protecteurs, les filles et femmes excisées. Nous sensibilisons à la sexologie adaptée aux mineures, aux femmes et hommes, et à la réparation. Nous partageons notre expertise, nos expériences avec les différents professionnels (travailleurs sociaux, avocats) pour qu'ils accompagnent mieux les personnes excisées. Nous intervenons dans les écoles pour prévenir l'excision et savoir comment parler à une personne excisée.
En Afrique, nous avons commencé par scolariser 5 enfants. Vingt ans après, 600 enfants ont reçu une éducation française de la maternelle à la sixième, en Côte d'Ivoire, au Burkina et au Mali. En contrepartie, les parents s'engagent à renoncer à l'excision. Ces enfants seront demain les ambassadrices de notre combat.
Nous venons d'ouvrir une Maison d'accueil pour les femmes à Man pour protéger celles qui fuient l'excision. Des infirmières et des exciseuses reconverties la gèrent. Pour que les femmes se rebellent, il faut qu'elles soient autonomes. Grâce au Fonds d'aide au développement (de la Ville de Rennes), nous les aidons à se reconvertir comme cultivatrices de riz, de palmiers.

Pourquoi est-ce important de fêter vos 20 ans ?

Pour dire à ceux qui nous ont soutenus qu'ils n'ont pas eu tort. Notre force est que l'on n'a rien lâché, sans offenser la tradition. Cinquante pays pratiquent encore l'excision mais ça doit finir. On peut sauvegarder la culture sans pratiquer l'ablation. Si on l'interdit, la pratique se fait en cachette et à cause de cela, des enfants meurent chaque année. 
Nous ferons un hommage pour elles lors de notre week-end anniversaire. Un marché solidaire africain proposera des produits cultivés par des exciseuses reconverties, des vêtements dessinés par une styliste. La vente servira à financer nos actions. Des conférences et témoignages sont prévus. Après mon documentaire La forêt cachée, je m'apprête aussi à sortir un livre, La main qui blesse et qui guérit
 

Les 6 et 7 février, Acza fête ses 20 ans à l'Espace des Deux Rives et la MJC Bréquigny, à Rennes. Renseignements et inscriptions : 06 86 62 44 46, mail : acza35@gmail.com