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Vigicrues fait figurer au stade jaune le niveau de vigilance pour les crues en Ille-et-Vilaine. Rennes et le territoire métropolitain sont en vigilance renforcée. Soyez prudents.

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La 37e édition du festival Travelling à Rennes, à l’assaut d’Hollywood

La 37e édition du festival braque les projecteurs sur Los Angeles, berceau de l'industrie et décor iconique du 7e art. Avec des projections, des rencontres et des expos pour embrasser une ville-monde de contrastes. 

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Quel est le point commun entre Blade Runner, La La Land et Heat ? Ces trois films à succès ont été tournés à Los Angeles. Idem pour Her, Drive ou The Big Lebowski. On en oublierait presque Terminator, Pulp Fiction, True Romance...

Los Angeles est l'une des villes les plus filmées au monde, apprivoisée par la comédie, le polar ou le film d'aventure. Sur les écrans, la ville oscille entre carte postale ensoleillée et espace fragmenté, anxiogène. En s'attaquant à la Cité des anges, Travelling se lance donc un défi de taille. Celui de cerner une ville tentaculaire aux visages multiples. Celle de tous les possibles, tantôt usine à rêves, tantôt machine à broyer.

Plus de 40 films

Pour dresser son portrait cinématographique, le festival associe de grands noms du 7e art avec de jeunes talents dans une programmation fournie d'une quarantaine de films sous l'influence du noir, du burlesque ou du documentaire.  

 Chacun porte une part d'Hollywood en soi, La sélection s'est construite en élaguant. Il y aura donc forcément des déçus. Nous les premiers car obtenir les droits de diffusion auprès des majors s'est révélé parfois compliqué, pose Anne Le Hénaff, directrice artistique.

Au premier plan, une personne déguisée en clown avec des cheveux verts. Derrière elle, un joker avec des grelots sort du toit d'une voiture.

Droits réservés : DR

Des paillettes d'Hollywood aux sans-abris de Skid Row, l'affiche fait une place au cinéma mainstream, plus encore aux films indépendants qui éclairent la diversité culturelle de la ville, ses tensions sociales, l'énergie de ses communautés, ses minorités invisibles.

Travelling appuie sa rétrospective sur des portraits de cinéastes parmi lesquels Kelly Parker, Sean Baker ou David Lynch, en convoquant aussi les récits afro-américains ou le regard féminin de Kathryn Bigelow.   Au-delà du cinéma, le festival élargit la focale avec un parcours varié d'expositions, de rencontres, de concerts et de performances. Citons - par exemple - un hommage à David Lynch d'Olivier Mellano, une proposition du street artiste Obey à l'Institut franco-américain. Sans oublier la traditionnelle compétition junior.

  • De LA à Kiev En contrepoint, Travelling anime une section consacrée au film ukrainien, en présence de deux cinéastes. Intitulé Le voyage en Ukraine, le temps fort souhaite éclairer « la résilience et la créativité d'un peuple toujours en lutte contre l'agression russe », selon Fabrice Bassemon, directeur général de Clair Obscur.
  • Rendez-vous au 360 Contrainte par la baisse des subventions publiques et la hausse des coûts de production, l'équipe de Travelling quitte le Liberté pour installer son quartier général dans la salle de spectacle du 360. 

Du 10 au 17 février, dans les cinémas de Rennes Métropole et autres lieux. https://www.clairobscur.info/page-d-accueil-travelling-3374-0-0-0.html (lien externe)

Olivier Brovelli

Les Anges passent au cinéma

Comment le cinéma s'est-il emparé de Los Angeles, à la fois décor et personnage ? Révisons nos classiques avec Florian Tréguer, enseignant-chercheur à l'université Rennes 2, spécialiste de la littérature et du cinéma américains.  

Au départ, Los Angeles n'avait rien pour plaire...

En 1920, LA est la ville des studios. On tourne en intérieur, rarement dans ses rues. Le cinéma juge la ville moche, trop éclatée, trop plate, sans centre-ville ni gratte-ciels. Les films à gros budget vont chercher l'exotisme à San Francisco ou Chicago. Quand on y tourne, on prétend que l'histoire se déroule ailleurs !

Comment la ville est-elle devenue star ?

LA surgit sur la carte du cinéma international quand le film noir s'y intéresse à partir de 1930, à la recherche de décors urbains à l'atmosphère sombre pour camper des histoires criminelles. Après-guerre, tout Hollywood va redécouvrir son potentiel.

Il y a de l'espace. La grande variété de ses décors naturels (mer, montagne) mais également la diversité sociale, culturelle et linguistique de ses quartiers - des plus huppés aux plus pauvres - autorisent tous les scénarios. L'afflux de réalisateurs, de comédiens et de techniciens qui viennent tenter leur chance en Californie facilite les tournages à un coût abordable.

Ce qui n'était pas très beau est finalement devenu emblématique. Comme les freeways, ce réseau tentaculaire d'autoroutes qui a servi de décor à la scène d'ouverture magnifique de La La Land. Ou ce fleuve bétonné - le Los Angeles River - lieu de tournage de nombreuses scènes de poursuites ou d'action (Grease, Terminator 2...).

Quelle image renvoie Los Angeles à l'écran ?

Celle d'une ville insaisissable. Presque une abstraction tant elle est étalée, décentrée. Des réalisateurs de films choral comme Altman (Short Cuts) ou Paul Thomas Anderson (Magnolia) ont bien essayé de capter la métropole dans sa globalité. Mais on la filme plus souvent par quartier. D'un côté, les suburbs aisés de Pretty Woman et LA Confidential. De l'autre, les ghettos de Boyz n the Hood ou Crash. Ce qui traduit bien le cosmopolitisme de la ville mais aussi la ségrégation, les frontières sociales et raciales très marquées.

Los Angeles fait-elle rêver ?

Parce qu'elle est toujours l'épicentre du cinéma mondial, LA interroge surtout le rêve américain, symbolisé par Hollywood. Elle aime se mettre en scène comme une ville-miroir qui catalyse les paillettes, l'espoir, les désir de succès mais aussi l'échec et la solitude de destins brisés. Pensons à Sunset Boulevard, Once Upon a Time in Hollywood ou Mulholland Drive.

La reconnaît-on à coup sûr ?

Quelques motifs récurrents la rendent immédiatement identifiable. Comme les collines, le ciel bleu, les alignements de palmier, les freeways, le hall gigantesque de la gare Union station... Mais en réalité, souvent, on ne la voit pas. On y tourne des scènes passe-partout de la vie américaine parce qu'on y trouve de tout. C'est pratique et économique.