Pilier du collectif rennais, Cha découvre la Ballroom en 2020 à la suite d'un workshop décisif avec la figure incontournable de la scène européenne Vinii Revlon. Un nom qui fait référence dans le milieu, tant pour son parcours que pour son rôle central dans la transmission de la culture. À l'époque, à Rennes, ils et elles sont peu nombreux et nombreuses, portés et portées par la nécessité de faire exister, par et pour eux et elles, un espace d'expression et d'exploration. Ils et elles s'entrainent dans des parcs, sur des terrains de basket ou sous la halle du Triangle. En quelques années, le groupe devient une famille structurée d'une trentaine de membres actifs. Le CCNRB et le Polyblosne leur ouvrent leurs salles pour s'entrainer toutes les semaines.
Cha pratique principalement le Old Way, l'un des styles historiques du Voguing, inspiré des poses de mannequins et des arts martiaux. Une discipline fondée sur la précision, la création de lignes et le contrôle du corps. Pour lui, la Ballroom est un espace vital dans son parcours en tant que personne trans. « C'est un endroit où je peux exister au plus proche de moi-même. Je n'ai pas à prouver qui je suis. Ça a été un vrai boost dans la confiance en moi. Il y a un truc thérapeutique là-dedans, de travailler sur la honte... Ça m'aide à trouver de la force pour faire face au quotidien qui est dur. »
Car la Ballroom n'est jamais déconnectée du réel. Cha évoque le harcèlement de rue, les agressions, les discriminations dans la recherche d'emploi ou de logement. Monter sur le floor devient alors un acte de transformation personnelle, parfois une revanche sur le passé. Performer devant plusieurs centaines de personnes a profondément changé son rapport à lui-même.
Dans cette continuité, il est à l'initiative du Trans Day of Celebration à Rennes, organisé sous forme de Ball aux Ateliers du vent en novembre depuis 2 éditions. Un évènement pensé en lien avec la Journée du souvenir trans, déclinaison française du Transgender day of remembrance qui a lieu chaque année le 20 novembre. Dans le monde entier, on commémore les personnes trans mortes de transphobie, et on attire l'attention sur les violences subies par ces communautés. C'est un hommage aux personnes assassinées, suicidées, et celles mortes de précarité financière et de santé. « Ces célébrations renforcent les liens communautaires, on y célébré la vie des personnes trans et leur existence pour se donner de la force et faire face à l'hostilité du monde sans oublier les personnes qui étaient là avant nous »
Grâce à ce travail de fond, la scène rennaise est aujourd'hui reconnue par les leaders parisiens comme une scène qui « fait le taf », tout en restant fidèle aux racines du mouvement.