Vigilance crue

Rennes et le territoire métropolitain sont en vigilance renforcée pour la semaine du 9 au 15 février. Soyez prudents.

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La Ballroom expliquée : une culture, une scène, des combats

Née des luttes queer racisées, la Ballroom est bien plus qu'une performance : une communauté, un langage et un espace de survie. Rencontre avec la scène rennaise, avant un Ball ouvert au public à l'Antipode.

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La Ballroom est souvent perçue comme une danse ou une performance spectaculaire. Pour celles et ceux qui la vivent, elle est bien plus que cela. « C'est une communauté avant tout », résume Cha, un des membres fondateurs de la Ballroom scène (lien externe) à Rennes. « Les échanges, la confiance, le fait de se protéger entre nous. » Née aux États-Unis au sein des communautés queer racisées, la Ballroom s'est construite comme un espace de résistance face au racisme, à la transphobie et aux exclusions systémiques. Un lieu où l'on peut performer, certes, mais surtout exister, se raconter et se transformer. Les Balls, événements compétitifs emblématiques du mouvement, sont à la fois des espaces de visibilité, de reconnaissance et de survie.

Rennes, la deuxième ville en France à s’ouvrir au mouvement

Un homme au milieu du floor est prêt à défiler. Instant de pose

La compétition du ball de l'Antipode - Edition 2025

Droits réservés : Lisa Frankhauser  

Après Paris, la scène Ballroom rennaise est une des plus active en France, ses membres se déplacent partout pour concourir dans les balls et ramener des trophées. Née à Rennes en 2021, elle compte aujourd'hui une trentaine de membres qui revendique la transmission et l'entraide comme fondements.

Dans un Ball, rien n'est laissé au hasard. Les catégories obéissent à des codes précis, transmis de génération en génération (cf glossaire). Certaines sont dansées, comme le Voguing, décliné en plusieurs styles, d'autres s'inspirent du monde de la mode ou de la capacité à incarner un rôle social. Certaines catégories, comme Realness, évaluant la capacité d'une personne à "passer" pour une personne cisgenre hétérosexuelle, ont historiquement permis aux personnes queer et trans d'éviter des violences extérieures.

Les membres du collectif parlent d'un langage à apprendre : « Quand tu arrives, tu regardes beaucoup. Tu écoutes. Tu comprends comment ça fonctionne avant de te lancer » et d'un espace sécurisant :« Dans la Ballroom, on sait qu'on ne va pas être jugé. C'est safe. C'est un véritable lieu d'expressions ». Performer n'est donc pas un loisir, mais une affirmation de soi profondément politique. L'ambiance des balls reste un espace où l'encouragement et la bonne humeur viennent booster les compétiteurs et compétitrices.

Cha aka Sunshine : l’étincelle du collectif rennais

Photo de groupe auprès de la table du jury

Photo de groupe de la Ballroom Scene de Rennes lors du Kiki Ball - Trans day of celebration 2025

Droits réservés : DR

Pilier du collectif rennais, Cha découvre la Ballroom en 2020 à la suite d'un workshop décisif avec la figure incontournable de la scène européenne Vinii Revlon. Un nom qui fait référence dans le milieu, tant pour son parcours que pour son rôle central dans la transmission de la culture. À l'époque, à Rennes, ils et elles sont peu nombreux et nombreuses, portés et portées par la nécessité de faire exister, par et pour eux et elles, un espace d'expression et d'exploration. Ils et elles s'entrainent dans des parcs, sur des terrains de basket ou sous la halle du Triangle. En quelques années, le groupe devient une famille structurée d'une trentaine de membres actifs. Le CCNRB et le Polyblosne leur ouvrent leurs salles pour s'entrainer toutes les semaines.

Cha pratique principalement le Old Way, l'un des styles historiques du Voguing, inspiré des poses de mannequins et des arts martiaux. Une discipline fondée sur la précision, la création de lignes et le contrôle du corps. Pour lui, la Ballroom est un espace vital dans son parcours en tant que personne trans. « C'est un endroit où je peux exister au plus proche de moi-même. Je n'ai pas à prouver qui je suis. Ça a été un vrai boost dans la confiance en moi. Il y a un truc thérapeutique là-dedans, de travailler sur la honte... Ça m'aide à trouver de la force pour faire face au quotidien qui est dur. »

Car la Ballroom n'est jamais déconnectée du réel. Cha évoque le harcèlement de rue, les agressions, les discriminations dans la recherche d'emploi ou de logement. Monter sur le floor devient alors un acte de transformation personnelle, parfois une revanche sur le passé. Performer devant plusieurs centaines de personnes a profondément changé son rapport à lui-même.

Dans cette continuité, il est à l'initiative du Trans Day of Celebration à Rennes, organisé sous forme de Ball aux Ateliers du vent en novembre depuis 2 éditions. Un évènement pensé en lien avec la Journée du souvenir trans, déclinaison française du Transgender day of remembrance qui a lieu chaque année le 20 novembre. Dans le monde entier, on commémore les personnes trans mortes de transphobie, et on attire l'attention sur les violences subies par ces communautés. C'est un hommage aux personnes assassinées, suicidées, et celles mortes de précarité financière et de santé. « Ces célébrations renforcent les liens communautaires, on y célébré la vie des personnes trans et leur existence pour se donner de la force et faire face à l'hostilité du monde sans oublier les personnes qui étaient là avant nous »

Grâce à ce travail de fond, la scène rennaise est aujourd'hui reconnue par les leaders parisiens comme une scène qui « fait le taf », tout en restant fidèle aux racines du mouvement.

Valentin aka Daddy Bear : de l’écran au “papa” du groupe

Le parcours de Valentin illustre la difficulté d'accès à la Ballroom pour celles et ceux qui vivent en milieu rural. Originaire de Normandie, il grandit en campagne avec YouTube comme seule fenêtre sur cette culture. Pendant des années, il découvre la Ballroom à distance, à travers des documentaires et des battles. « Se découvrir soi-même à travers les autres et avec un écran, ça pose une distance », confie-t-il. Sa rencontre avec le collectif lors d'un workshop en 2022 à Rennes fait office de déclic. Valentin s'essaie à plusieurs catégories, notamment le Vogue Fem, style créé par les femmes trans et marqué par une hyperféminité assumée, ainsi que le Runway, inspiré des défilés de mode, où la prestance et la marche sont centrales. Puis il choisit un autre rôle. Aujourd'hui, il se consacre à la transmission et au bien-être de ses acolytes. « Je prends soin du collectif et de sa visibilité. »En backstage, il accompagne les nouveaux et nouvelles, prépare celles et ceux qui entrent dans la Ballroom et veille à la mémoire du mouvement. Un espace qu'il aurait aimé trouver plus jeune, mais est ravi aujourd'hui de transmettre à la nouvelle génération et à ceux et celles qui ont osé franchir le pas.

Lunny aka Revery : l’affirmation de soi par la House of Revlon

Lunny aka Revery en costume

Lunny aka Revery Revlon lors du "It's still summertime Ball" en 2025 à Paris. Retrouvez cette tenue en ce moment à l'exposition Hall Of Fame de l'Antipode !

Droits réservés : DR

Lunny appartient à la scène ballroom rennaise, mais aussi à la prestigieuse House of Revlon de Paris, une maison historique née à New York en 1989. Les Houses* fonctionnent comme des familles choisies, offrant soutien, protection et filiation à leurs membres. Des mothers et des fathers s'occupent de leur famille. Pour Lunny, la Ballroom est un terrain d'exploration de soi sans équivalent, son father : Vinii Revlon. « C'est mon cocon, c'est safe... Dans la Ballroom, je me sens comme ça... on ne va pas me juger. » Lorsqu'il performe en Vogue Fem, Lunny devient Amanda. À travers cette catégorie, il explore l'hyperféminité et revendique le droit d'être regardé. « J'adore voir ce que mon corps il renvoie... Je trouve que je suis trop fraîche quand je suis en mouvement. Donc regardez-moi ! ». Lunny se prépare à performer lors du prochain Ball de l'Antipode, peut-être sera-t-il Amanda ? ou Revery ? Pour le savoir rendez-vous à l'Antipode. 

Suivez les sur insta :
Sunshine (Cha) (lien externe),
Daddy Bear (Valentin) (lien externe)
Revery (Lunny) (lien externe)
Ballroom scène de Rennes (lien externe)

Le Ball de l’Antipode : une invitation à la compétition

Les participants et participantes se préparent à leur entrée sur le floor

En coulisses, les artistes se préparent à être encouragés par la foule. Ballroom de l'Antipode - 2025

Droits réservés : Lisa Frankhauser  

Réservée aux personnes LGBTQ+, la Ballroom ne s'ouvre au grand public que ponctuellement. Chaque ouverture est pensée comme un partage, jamais comme une banalisation.

Le 14 mars prochain, la Ballroom investira l'Antipode pour le Witches and Wizards Ball (lien externe), animé par le légendaire Vinii Revlon.

La scène locale y sera présente, certaines et certains y participeront, mais l'événement s'inscrit avant tout dans une dynamique plus large. Il s'agit d'une invitation adressée aux personnes racisées qui connaissent les codes de la Ballroom et souhaitent monter sur scène pour la compétition.

Le thème Witches and Wizards promet une nuit placée sous le signe de l'extravagance, mais aussi de l'exigence. Ici, on vient préparé, costumé, conscient des règles. Pour le public, assister à un Ball implique une posture claire : écouter le MC (maitre de cérémonie), encourager les performers, ne jamais monter sur le floor sans y être invité.

« Ouvrir au public, c'est un cadeau », rappellent plusieurs membres de la scène. « Pas une vitrine. » En amont, l'exposition Hall of Fame (lien externe), visible du 2 au 26 février à l'Antipode, mettra en lumière un autre pilier fondamental de la Ballroom : la couture, le vêtement, l'apparat. Des éléments essentiels pour comprendre ce qui se joue, sur scène comme en dehors.

À Rennes, la Ballroom continue de se construire dans un équilibre délicat entre transmission, vigilance et ouverture maîtrisée. Une culture vivante, politique et profondément collective.

La foule encourage le ball lors d'une performance

Ballroom à l'Antipode - Mars 2025

Droits réservés : Lisa Frankhauser

GLOSSAIRE

L'Organisation du Mouvement

  • Ball vs Ballroom : On utilise le terme "Ball" pour désigner l'événement compétitif précis et "Ballroom" pour parler de l'ensemble du mouvement et de la communauté.
  • House (Maison) : Une famille choisie qui se rassemble autour d'une culture commune, offrant soutien et protection à ses membres. Les membres portent souvent le nom de leur maison comme un nom de famille (ex: House of Revlon).
  • Chapter (Chapitre) : Une annexe d'une maison historique (souvent née à New York) ouverte dans une autre ville ou un autre pays par un membre de confiance.  

Exemples de catégorie de la Ballroom

  • Performance : La seule catégorie qui est dansée. Elle regroupe plusieurs styles de Voguing. 
    Old Way :
    Style originel inspiré des poses de mannequins dans les magazines, axé sur la création de lignes avec le corps.     
    New Way : Évolution du Old Way incluant des mouvements de contorsion. 
    Vogue Fem : Style créé par les femmes trans, poussant l'hyper-féminité à son paroxysme avec des mouvements ronds et amples.
  • Realness : Catégorie évaluant la capacité d'une personne à "passer" pour une personne cisgenre hétérosexuelle. Historiquement, c'était une technique de survie pour éviter les agressions et la discrimination.
  • Runway : Catégorie inspirée des défilés de mode où l'on juge la prestance, la marche et la tenue.  

La Hiérarchie et les Titres

  • Coven : Le comité formé par les leaders les plus anciens (souvent à Paris pour la France) qui prend les décisions importantes et valide les titres.
  • Star : Premier titre de reconnaissance pour une figure qui commence à se faire un nom dans la scène.
  • Legend (Légende) : Titre accordé après 7 à 10 ans d'activité et d'impact majeur dans une catégorie spécifique.
  • Icon (Icône) : Le statut suprême, atteint après 15 à 20 ans, récompensant une personne devenue une référence absolue du mouvement.