Risques de crue : vigilance renforcée à Rennes et dans la métropole

Vigicrues place les cours d'eau du territoire en vigilance orange, du mercredi 18 février au jeudi 19 février matin. Dès 7 h 30, jeudi 19 février, la Ville de Rennes organise une distribution de parpaings et de sacs de sable. Suivez la situation en temps réel.

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Les Voix : nouvelle exposition à 40mcube

Le centre d’art contemporain de l’avenue Sergent Maginot expose, jusqu’au 11 avril, quatre artistes dont les réalisations ont chacune un lien avec la voix. Celle qui produit des sons pour échanger et celle, symbolique, qui porte un message individuel ou collectif. Petite mise en bouche.

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Une peinture de 23 mètres de long attire le regard : on dirait une oeuvre de la Rennaissance italienne. Inutile de s’y connaître en histoire de l’art pour être happée par le récit qui se déroule sous nos yeux. Tout ce dont vous n’avez jamais entendu parler est autobiographique. Arthur Gillet est enfant d’adultes sourds. Sur la soie, il raconte des bribes de sa vie et de celle de sa mère. Son travail touche au coeur : il rappelle la difficulté de vivre entre deux mondes.

Marianne Mispelaëre signe La Marseillaise. Elle a travaillé avec des collégiens et collégiennes de la cité phocéenne. Ils ont isolé les 38 phonèmes de la langue française (les plus petites unités de son distinctives dans une langue) et ont trouvé des signes de leur langue maternelle produisant ces mêmes sons. Le but ? Inventer un nouvel alphabet mélangé et commun. Un pont entre mille mondes. Les signes choisis sont accrochés dans l’espace d’exposition sous forme de pochoirs qu’on peut utiliser pour se familiariser avec le nouveau langage.

Nul besoin de parler

Limbé est réalisée par Mathieu Kleyebe Abonnenc. La vidéo de l’artiste né en Guyane-Française montre, sorti de l’obscurité, le visage retourné d’une femme et ses bras qui se tordent dans d’étranges mouvements. Si l’œuvre est silencieuse, le corps parle. Limbé, c’est le chagrin en créole. Le lien se fait aussi avec cette danse qui consiste à passer sous une barre, le buste tourné vers le ciel. Le limbo serait né sur les bateaux négriers qui transportaient des corps contraints d’un monde à l’autre. Alors on comprend mieux.

Dans une salle de cinéma, une femme prend place sur la droite. On entend une voix off, plus ou moins éloignée, sans bien s’expliquer d’où elle provient. La caméra se rapproche lentement, excluant la femme du champ de vision. Alors elle se repositionne pour entrer dans le cadre. La vidéo d’Anna Holveck hypnotise. Mais, on finit par discerner quelque chose. Avec À voix off, l’artiste crée un trouble. Réalité, perception, ces mondes sont poreux et exigent l’attention.

Chacun des invités de 40mcube a un rapport singulier à la voix qu’il ou elle utilise pour faire entendre, à qui voudra bien écouter. L’invitation est lancée.

Les Voix
Une exposition à découvrir jusqu'au 11 avril à 40m cube (lien externe)

Focus sur le travail d'Arthur Gillet

La toile du Rennais est autobiographique et universelle. Elle  parle de ce que vivaient les personnes sourdes avec leurs enfants au siècle dernier. Sa mère était scolarisée dans un institut religieux pour sourds, seule possibilité offerte. Les soeurs faisaient ce qu’elles pouvaient, mais ce n’était pas suffisant. L’État ne faisait pas son travail, c’est lui qui interdisait la langue des signes.

Quand, à 37 ans et évoluant dans un milieu très cultivé, Arthur réalise que personne n’est au courant, il décide de se servir de son art pour passer le message. Sur sa toile, il évoque aussi son adolescence de CODA (Children of deaf adults/enfants de parents sourds) : sa vie solitaire parce qu’il est différent à un âge où il ne faut pas l’être ou ses appels, contraints par l’ANPE, à de potentiels employeurs pour sa mère.

Son œuvre se lit telle une BD, elle est figurative : « comme la langue des signes qui transforme tous les mots en images ». Les mots sont abstraits. « Quand je dis “arbre”, il n’y a rien qui permet de savoir que ça désigne ce truc touffu vert avec un tronc marron ». La langue des signes montre vraiment un arbre : « il y a un lien entre le référent et le signifiant ». « Lorsqu’on a redécouvert les hiéroglyphes égyptiens, on pensait qu’ils étaient décoratifs. Champollion, parce qu’il rencontre l’abbé de l’Épée qui a unifié la langue des signes, comprend que ce qui fait image peut vouloir dire quelque chose. Il réalise que les hiéroglyphes sont un alphabet. » On connaît la suite.