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Bécherel : du lin aux livres, l’incroyable métamorphose d’un village breton

Bécherel est aujourd’hui connue pour ses bouquinistes. Pourtant, jusqu’à la fin du 19e siècle, elle vivait du lin et du chanvre. Retour sur le passé prestigieux de la cité des tisserands.

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Bécherel, commune de la métropole, se situe à moins de 30 minutes de Rennes en direction de Saint-Malo. La ville est appréciée pour ses libraires, ses bouquinistes, ses ateliers d’artistes ou de calligraphie, etc. Depuis 1989, elle est la première Cité du Livre en France. Cela ferait presque oublier que ce ne sont pas les livres, mais le lin et le chanvre qui ont fait sa fortune du 16e siècle au 18e siècle. Derrière les façades de ces maisons en pierre aux devantures colorées, résidaient autrefois des tisserands prospères. Le passé de la Petite Cité de Caractère se devine encore en flânant au fil des rues.

↘️ Le circuit pédestre (lien externe) de Bécherel 

Lin et chanvre

Au début du 16e siècle, les champs de lin transformaient la nature environnante en océan de bleu. Le chanvre était plus discret. Les deux plantes servaient alors à la fabrication de vêtements, mais aussi de cordes et de voiles de bateaux. À l’époque, elles étaient essentielles pour qui voulait commercer ou se défendre.

Les toiles de Bécherel étaient principalement destinées à un usage militaire. Elles étaient expédiées à Paris et Rouen, quand elles n’étaient pas exportées en Angleterre ou en Espagne. Lieu de production et de fabrication, la localité se trouvait ainsi au centre d’un vaste réseau d’échanges.

Riche de son abondante création de textile, Bécherel devint une place commerciale, le lieu de marchés et de foires très prisées. Des remparts, toujours visibles, protégeaient la cité et rassuraient les marchands de toile venus de l’extérieur pour faire leurs emplettes. Le ballet quotidien des métiers à tisser rythmait la vie des habitants et des gens de passage.

Deux personnes discutent près des remparts de la ville. À l'arrière plan, vue sur des paysages verdoyants.

Aujourd'hui le vert domine, mais, autrefois, la ville était cernée par un océan de bleu. 

Droits réservés : Christophe Le Dévehat

Traces du passé

Construites en pierres de taille, les demeures bordant les rues de la Chanvrerie et de la Filanderie appartenaient probablement aux marchands, tandis que les ateliers et les logis des tisserands étaient relégués au fond des cours. 

Aujourd’hui, avec sa façade en pans de bois et ses motifs appelés « brins de fougères », la maison de la Filanderie ne manque pas d’attirer le regard. Cette ancienne propriété d’un négociant en toile du 16e siècle était notamment dotée d’un porche permettant d’effectuer les échanges à couvert, en direct avec la rue. 

    La rue de la Filanderie avec, tout à gauche, le logis de la Filanderie reconnaissable à ses pans de bois.

    La rue de la Filanderie avec ses maisons en pierres et, sur la gauche, la maison de la Filanderie en pans de bois.

    Droits réservés : Christophe Le Devehat

    Situé en contrebas du centre bourg, le lavoir de la Couaille nous invite lui aussi à plonger dans l’histoire : il fut aménagé au 19e siècle, en remplacement du lavoir de Doué du Pont, utilisé pour blanchir le lin.

    Poursuivant le long du chemin de la Couaille, notre promenade au temps jadis nous emmène au bien nommé étang de la Teinture. Les tisserands venaient y tremper le lin et le chanvre pour séparer les brins.

    Si la bobine de l’histoire se déroule dans les rues de Bécherel, ses fils se prolongent également dans les communes environnantes. 

    • À Saint-Brieuc-des-Iffs, autre haut lieu de la culture du lin et du chanvre.
    • À La Chapelle-Chaussée, place forte du commerce des draps.
    • À Cardroc, village de tisserands. On y recensait encore 160 tisserands et 121 métiers à tisser en 1852. La production annuelle s’élevait à 42 100 mètres de toile de lin. 
    Un lavoir couvert. À l'arrière plan, des champs. Au premier plan, des fleurs en pot.

    Avant de s'appeler lavoir de la Couaille, il y eut le lavoir de Doué du Pont, aménagé pour blanchir le lin cultivé aux alentours.  

    Droits réservés : Jean-Baptiste Gandon

    Âge d’or du « fil de Rennes »

    Du pays de Bécherel à Rennes, il n’y avait qu’un pas, et la capitale de Bretagne ne resta pas sourde au boom du textile. Elle construisit même sa renommée avec le « fil de Rennes », qui traversa l’océan atlantique pour inonder le continent américain. Vous n’en avez jamais entendu parler ? Les archives évoquent une fibre écrue de trois qualités, teinte dans les fabriques de Rennes et blanchie dans celles de Paimpont. 

    Il s’agissait dans tous les cas d’une affaire florissante, à l’image de la trajectoire de la maison Peluet. Passé du monde de la tannerie et du commerce de morues à celui de la teinturerie, l’établissement fit rapidement fortune. Son activité de fabricant de fil, noir, bleu ou blanc, se transmit de père en fils pendant plusieurs générations.

    Fils travaillés sur un métier à tisser

    En 1852, on recensait pas moins de 160 tisserands dans le village de Cardroc, à côté de Bécherel.  

    Droits réservés : Musée de Bretagne - Exposition Les ficelles du métier  

    La capitale de la Bretagne fut, avec Rouen et Lille, une des rares villes à donner son nom à un fil. Si Nîmes est à l’origine d’une célèbre toile (un vêtement en jean se dit « denim » en anglais), Rennes a accouché d’un fil à la réputation pour le moins solide. 

    Un constat partagé par le philosophe des Lumières Denis Diderot dans son Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (18e siècle) : « Les fils les plus connus sont ceux de Flandres ; les fils de Malines, d’Anvers et de Hollande ; on parle encore du fil de Rennes, de celui de Cologne, qui se file à Morlaix, et des fils de Normandie. »

    Bobine de fil en train de se faire.

    De Bécherel, la bobine de l'histoire déroule son fil dans les communes voisines de Cardroc, La Chapelle-Chaussée et Saint-Brieuc-des-Iffs.   

    Droits réservés : Musée de Bretagne - Exposition Les ficelles du métier

    Fin de l’histoire

    Le coton, qui nécessite moins d’étapes de transformation, a supplanté les plantes fibreuses du pays de Bécherel. L’industrialisation a fait le reste. Le commerce du lin et du chanvre s’est considérablement ralenti au 19e siècle, avant de s’éteindre complètement.

    L’histoire s’est arrêtée à Cardroc au lendemain de la Première Guerre mondiale. Le dernier tisserand y a brûlé son métier sur la place du village. « Il paraît que c’était très beau, raconte son arrière-petite-fille. C’était triste, mais c’était très beau… Avant, tous les champs du Pays étaient ensemencés de lin et de chanvre. Mon arrière-grand-père m’expliquait qu’à la mi-juin, ceux-ci avaient la couleur du ciel. »

    ↘️ Le Musée du lin et du chanvre (lien externe) de Cardroc

    Si celui-ci est bleu, prenez le temps de suivre le sentier jusqu’au château de Montmuran pour une dernière halte. C’est là, au 13e siècle, que Béatrice de Matz a fait le voyage depuis sa Flandre natale. Avec elle, des tisserands de Bruges qui transportaient dans leurs bagages la culture du lin et l’art du tissage. L’eau de la vallée et les fertiles sédiments de la mer de Faluns ont fait le reste.

    Le saviez-vous ? À l’instar des chants de la bergeronnette et du coucou qui donnaient le signal pour semer le lin, les anciens avaient un truc infaillible pour savoir quand planter la petite graine. À l’automne, ils se rendaient au champ, baissaient leur pantalon et s’asseyaient cul nu dans la terre. Cela s’appelle prendre la température. Une façon comme une autre de refermer le chapitre consacré à la fièvre du textile en pays de Bécherel.

    Dans une rue animée, des gens fouillent dans des caisses à livres exposées en extérieur.

    Après l'extinction du commerce du lin et du chanvre, Bécherel s'est inventé une nouvelle vie autour des livres. 

    Droits réservés : Christophe Le Dévehat

    ↘️ Sept bonnes raisons de faire une escapade à Bécherel (lien externe)

    Remerciements à l’association Lin & Chanvre en Bretagne (lien externe), à Simon Gaucher et l’École Parallèle imaginaire.