Jacques Cartier : de prison à projet citoyen
Avec sa porte bleue, ses murs de schiste pourpre, sa coupole... l'ancienne prison Jacques-Cartier fait partie du paysage rennais. Acquis par Rennes Métropole en 2021, ce bien commun est en train de …
Jacques Cartier entame sa mue sous l'impulsion de Rennes Métropole. Sur plus de 330 m² de sols auparavant bitumés, l'ancienne prison accueille désormais 400 végétaux, prenant racine grâce aux mains des écolières et écoliers, habitantes et habitants du quartier.
Nos actusDroits réservés : Arnaud Loubry
Ouvrir ce lieu patrimonial passe par une transformation paysagère : libérer la terre de son bitume pour en faire un espace accueillant. C'est un juste retour des choses puisqu'il y a 70 ans, la grande cour abritait les potagers de la prison. Après des décennies passées sous l'asphalte du terrain de sport, le sol respire enfin.
Pour cette opération de « débitumage », la surface a été préparée par un décroutage des enrobés suivi d'un amendement de la terre. Au total, 352 m² ont été rendus à la nature : 330 m² dans la cour Est (ancien terrain de sport) et 22 m² à l'angle Nord-Est du site, là où se trouvait l'ancien jardin du « gardien-chef ».
Pour donner vie à ce futur îlot de fraîcheur, la collectivité a fait appel à l'expertise de Cœur et Canopée. Ensemble, ils ont orchestré une plantation participative mêlant des essences robustes, pins, genêts ou immortelles... à des roses grimpantes qui viendront bientôt habiller les grilles, transformant l'austérité du métal en un décor vivant.
Pour Xavier Dommange, de Cœur et Canopée, voir les enfants œuvrer dans cet endroit si chargé d'histoire est inédit : « Les enfants sont innocents, ils ne savent pas ce qu'il s'est passé derrière ces murs. Avec eux, on ramène de la vie ici. Cette cour était un vrai îlot de chaleur, avec cette végétation, les choses vont se modifier. On verra bientôt les abeilles polliniser les rosiers et la biodiversité revenir sur le site.»
L'énergie de la journée est donc venue des élèves de l'école voisine Clémenceau, qui ont troqué les stylos pour les pelles. Ce projet s'inscrit dans une démarche pédagogique autour de la nature et du "risque" maîtrisé du bricolage. Sur le terrain, les réflexions des enfants animent la cour : « Ahhh mais dégueu un ver de terre ! » « Ouch la pelle est trop lourde » « Oh regarde cette plante, elle a déjà une petite fleur » « J'espère qu'il n'y a pas encore de prisonniers! » Ce à quoi une camarade répond du tac au tac : « Mais non ils sont plus là, moi je trouve ça cool de faire ça ici justement ! ».
Si certains s'amusent de la difficulté du sol, « Sur mon balcon c'est plus facile, là il y a plein de cailloux ! », d'autres sont déjà prêts à en planter une deuxième. Une maman présente s'amuse aussi de ses propres talents de jardinière : « J'espère que ça va pousser, parce que moi je fais tout cramer chez moi ! »
Pour les riveraines et riverains, l'arrivée du végétal est un symbole de reconquête. Parvathi, qui participe bénévolement à la plantation, souligne l'importance de ce changement d'image : « À la base, la prison n'est pas un lieu attractif. Avec ces plantations, on va la rendre plus accueillante. L'important c'est de transformer cet environnement négatif en un environnement positif. Et le faire avec des enfants, je trouve ça très enthousiasmant. »
Un sentiment partagé par Marie-Claude Laffite, habitante du quartier depuis 1988, qui suit de près chaque étape de la transformation. Membre de la concertation et du groupe "Nature" du Conseil de quartier, elle ne cache pas son émotion : « Quand j'ai visité la prison pour la première fois, ça m'a pris aux tripes. Je me rappelle de l'attente des familles devant la grande porte pour l'heure du parloir. C'était quelque chose de voir ça dans son quartier. Quand la prison s'est ouverte au public, j'ai participé en tant que complices aux visites guidées. Une expérience inédite. C'est impressionnant d'assister à l'évolution de ce lieu. J'ai tellement hâte qu'il ouvre régulièrement au public. »
La plantation de ces 400 végétaux n'est qu'un chapitre d'un récit plus vaste. Cette mutation se construit pas à pas à travers une concertation citoyenne explorant les thèmes de la nature, de la culture, de la mémoire, de la communication. L'objectif ? Définir ensemble l'identité de ce futur lieu de vie métropolitain.
Sur le terrain, l'effervescence est déjà là. Les premiers occupants, le collectif Les Circaciers et l'association Tout Atout commencent doucement à trouver leurs marques. Pour faire battre le cœur du site, ils lanceront prochainement un appel à occupants destiné aux artisanes et artisans désireuses et désireux d'investir de futurs ateliers de travail.
Ce site se prépare ainsi à vous offrir un lieu exceptionnel et unique en son genre, entre un espace repère dédié aux projets citoyens, un lieu de travail pour les artistes et créatifs, et une promenade paysagère et patrimoniale où la nature pourra désormais s'épanouir.
Ouvrez l'œil : le site ouvrira ses portes tous les week-ends, de mi-juin à fin juillet. L'occasion de voir si les plantes ont poussé.
Avec sa porte bleue, ses murs de schiste pourpre, sa coupole... l'ancienne prison Jacques-Cartier fait partie du paysage rennais. Acquis par Rennes Métropole en 2021, ce bien commun est en train de …
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