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Faut-il s'habituer à des inondations plus fréquentes dans la métropole rennaise ?

En février 2026, pour la deuxième année consécutive, Rennes et d’autres communes de la métropole ont subi des inondations. Faut-il s’habituer à des phénomènes extrêmes ? Le point avec Pierre Brigode, enseignant-chercheur en hydrologie à l’École normale supérieure de Rennes.

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Pierre Brigode (lien externe) est enseignant-chercheur à l’École Normale Supérieure (ENS) de Rennes (lien externe), rattaché au laboratoire de recherches Géosciences de l'Université de Rennes (lien externe) Il est hydrologue, spécialiste des crues, inondations et sécheresses. Les travaux de son équipe portent notamment sur l’évolution des crues de la Vilaine, en lien avec les changements climatiques et les changements paysagers de son bassin versant.

Peut-on dire que les phénomènes de crue s’aggravent ces dernières années ?

"Ce n’est pas une tendance claire. On sent comme un bruit de fond mais aucune analyse ne nous le montre actuellement. Il faut comprendre qu’il y a deux types de crues. Les premières sont les crues fluviales : des pluies continues sur des sols gorgés d’eau, comme celles de janvier 2025 ou de février 2026. Les deuxièmes sont des crues pluviales, un phénomène de plus en plus fréquent dans notre région. Ce sont des pluies estivales intenses, de courte durée, qui provoquent des inondations rapides en milieu urbain et des débordements de petits affluents."

Quel impact a le changement climatique sur ces phénomènes ?

"Il « dope » ces crues. Il a été observé que pour chaque degré de température supplémentaire, on a 5 à 10 % de pluie en plus. Il y a donc effectivement une partie qui est générée par le changement climatique. Des hivers de plus en plus pluvieux, c’est une tendance qui se dégage dans le nord de la France. Et en février 2026 on a atteint un record de saturation globale des sols sur toute la France. Même si le fait qu’une si grande partie du pays soit impactée est encore rare."

Quelles sont les causes possibles des inondations ?

"C’est une combinaison de plusieurs facteurs. D’abord, des semaines entières de pluie sur des sols qui ne pouvaient plus absorber d’eau. Ensuite, des nappes souterraines peu profondes1. Et enfin, l’aménagement du territoire : la suppression des haies bocagères, le drainage des parcelles agricoles, la canalisation de petits cours d'eau et l'urbanisation vont accélérer le débit. À l'inverse, les barrages, les zones humides ou d’expansion des crues vont ralentir l’écoulement et laisser à l’eau le temps de s’infiltrer.

La gestion des crues est collective. L’eau qui coule à Rennes dépend du bassin versant de la Vilaine, qui s’étend sur 11 000 km², deux régions, six départements, 500 communes. Rennes Métropole, ce n’est que 13 % de la surface de ce bassin versant2. Quand on est une commune au bord d'un cours d'eau, on dépend de l’amont et celles en aval dépendent de nous. On doit coopérer. Quand on cure un cours d’eau ou qu’on construit une digue, ça a un effet au niveau local mais l’accélération du débit empire la situation en aval."

Comment faire pour s’en prémunir et quelles solutions pour s’adapter ?

"On peut atténuer les crues et ses conséquences. Pour ça, il faut être en capacité de se préparer, d’anticiper. Le site Vigicrues (lien externe)est très visité pendant les crues, ça montre l’importance de la communication en avance. Il faut aussi connaitre l’aléa, c’est-à-dire évaluer la quantité d’eau qui va arriver dans sa commune. Et enfin mesurer son exposition à la crue, en questionnant les aménagements situés en zones inondables. On ne peut pas supprimer une crue, mais on peut diminuer son impact en infiltrant, en désimperméabilisant. Ce sera toujours bénéfique sur les périodes de sécheresse."

Après tant de précipitations cet hiver, est-il tout de même possible qu’une sécheresse advienne cet été ?

"Les nappes sont bien rechargées, on pourrait penser que ça ira. Mais c’est impossible à prévoir, ça dépendra beaucoup des précipitations des mois à venir. On a là une signature du changement climatique. On a l’exemple de 2025 à Rennes, où on a eu une sécheresse estivale après les inondations de janvier. Les probabilités augmentent : on a eu des épisodes de crue et de sécheresse en 2022, 2025, 2026. Le territoire de Rennes Métropole est emblématique pour ça. Des travaux comme ceux du projet Explore2 (lien externe)montrent qu’avec un réchauffement de 2°C, les cours d’eau subissent plus d’évaporation, les plantes pompent plus d’eau, le débit diminue et les nappes sont moins alimentées."

Plus largement, quelles sont les particularités du bassin versant de la Vilaine ?

"Sa capacité de stockage est vite atteinte. Celle-ci est plus petite que d’autres comme notre voisin le bassin parisien, qui est plus sédimentaire et donc absorbe mieux, comme une éponge. Pour bien comprendre le fonctionnement d’un bassin versant, il faut imaginer un bac à sable : on dessine les vallées et les cours d’eau, on verse un arrosoir d’eau et on observe. Si on ajoute des surfaces différentes comme de l’herbe ou des plaques de Lego, on pourra voir là où l’eau s’infiltre ou au contraire là où il y aura ruissellement."

Notes

1 : Avec une faible capacité de stockage, d'où une réaction relativement rapide à la montée des eaux (NDLR).

2 : Plusieurs cours d'eau s'écoulent sur le bassin versant de la Vilaine (l'Ille, la Flume, le Meu, la Seiche, l'Oust...) créant des effets cumulés (NDLR).

Propos recueillis par Maxime Hardy