Avec les Trans Musicales, les jeunes du foyer Dibaot lancent leur premier morceau électro

À Villejean, les Trans invitent Ventolune, duo new wave, à créer avec des jeunes en situation de handicap. Sons du quotidien, rires et émotions à vif... Voici le résumé d'une soirée où le partage bat la mesure.

Nos actus

Il est un peu plus de 20h quand je pousse les portes de la cuisine du foyer Dibaot, un institut médico-éducatif pour jeunes en situation de handicap. Bonjour Fleeeur !   Tu restes avec nous ? On va faire de la musique ! Tu vas voir, c'est trop bien ! . L'accueil collectif qu'on me réserve est pour le moins enthousiaste, et va se révéler contagieux.

Alvina, Romane, Robin, Jennifer, Loriane et Eryka ont entre 16 et 19 ans. Sur la table de la cafétaria, les lasagnes refroidissent, les pots de yaourts trainent dans les assiettes. Allez tout le monde ! C'est l'heure, on y retourne. On va montrer à Fleur ce qu'on a déjà fait lance Coralyne, leur monitrice éducatrice. La première heure est consacrée à la création d'un fanzine avec les étudiantes et étudiants de Rennes 2. On découpe, on colle, on dessine. Les pages prennent forme et raconteront bientôt cette expérience unique avec Ventolune, un duo éléctro. Mais très vite, la musique reprend ses droits.      

Du grille-pain à la radio : transformer le quotidien en musique

Les artistes Tom et Loup installent claviers, pads et micros. La veille, les jeunes ont enregistré des sons de leur quotidien : le bip bip empressé du réveil, la mélodie toastée du grille-pain, le va-et-vient de la raclette sur la vitre de la salle de bain, la symphonie métallique des couverts. Ce soir, ces sons prennent vie dans un mix électro. Dès la première note, les corps réagissent, un pied bat la mesure, des mains claquent, des têtes dodelinent. Les visages s'illuminent : C'est trop bien !Ça donne envie de danser ! 

Le morceau, encore brut, leur ressemble déjà. Le micro devient trop tentant pour Alvina qui se lance dans du Shakira  Taminamina eh eh... waka waka eh eh... Africa !. Quelle énergie ! Romane, elle, hésite Moi je chante dans la douche... mais là j'ai peur.. Quelques mots rassurants, un détour par le son de Kendji Girac sur mon téléphone, et elle s'avance enfin. Robin improvise un  lalala les Cités d'or. Les encouragements fusent de partout.      

Lucie, chargée de l'action culturelle des Trans, les invite à partager ce que la musique leur évoque. Les réponses fusent : Le soleil Une boîte de nuit, le Zoo. Euh pourquoi le zoo ? Parce que Shakira chante dans Zootopie 2 !, lancent-elles en chœur. Un clin d'œil cinématographique qui explique l'enthousiasme débordant d'Alvina. Puis elles et ils chantent tous ensemble Di di Dibaot... Di di Dibaot.... Peut-être leur futur refrain ?  Fragile et fort à la fois, improvisé sur le moment.

Parfois, l’émotion prend le dessus

Jennifer grimace en réécoutant  Oh non... j'entends ma voix.... Séquence émotion : La semaine prochaine, vous partez... je vais être trop triste.. Trois ateliers, six heures de partage, et déjà des liens bien réels. Jennifer tend son collage aux artistes qui viennent de lui dédicacer, les larmes coulent Je ne veux plus vous quitter... merci pour tout... . Les autres se rapprochent pour un gros câlin. Tom de Ventolune observe Ces actions, ça remet l'église au milieu du village. On donne, ils donnent. On sort de notre cadre... et on en sort grandi.

À Villejean, les Trans investissent le quartier pour une résidence de trois ans. Des projets artistiques naissent en lien avec les habitantes et habitants aussi bien dans le milieu scolaire, culturel et social. Certains ont déjà participé au montage et démontage au parc expo lors du festival ou assisté à la résidence d'Odonella au Tambour, explique Lucie. Mais là, nous leur offrons la possibilité de vivre un vrai processus de création et de rencontrer des artistes.

Prochaine étape : une restitution publique gratuite (lien externe) le 8 avril à 17h30 au Square d'Armagnac pour découvrir le morceau des jeunes de Dibaot en plein air. Suivi d'un concert de Ventolune (lien externe). La question demeure : auront-elles et ils le courage de monter sur scène ?

Il est 21h. C'est l'heure d'aller se coucher. Coralyne, tu pourras m'aider pour mon shampoing ? Les voix s'abaissent, les corps accusent la fatigue. Mais dans la tête de chacune et chacun, restent les sons bricolés, les rires, les voix qu'on n'osait pas entendre et qu'on a laissées exister. On est presque sûrs que cette nuit sera bercée par les souvenirs de cette soirée.
Moi, j'en sors le cœur rempli d'émotions. Un moment qui nous rappelle que le partage peut être immensément grand.