Les jeunes Rennais pensent demain : « Dans mon monde idéal, la femme est l’égal de l’homme »

À Rennes, des jeunes du primaire à la terminale participent au projet Penser demain, un jeu-concours qui les invite à réfléchir sur l’égalité femmes-hommes et à dénoncer les stéréotypes de genre à travers des affiches de sensibilisation.

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« Si on nous demande de penser demain, c’est qu’aujourd’hui, ça ne va pas », lâche Natuaraï. Avec une dizaine de camarades, cette élève de terminale au lycée Bréquigny veut « renverser le sexisme ». « On veut un monde où la femme est traitée comme l’homme, où elle est son égale », renchérit Melwen.

Et si le masculin ne l’emportait plus ?

Dans la salle de classe, la parole se libère grâce à Penser demain, un projet porté par la Chaire Recherche-Action Denis Mukwege à Rennes 2 (lien externe), en partenariat avec Rennes Métropole. Objectif : faire émerger des réflexions collectives d’enfants et d’ados sur les relations entre filles et garçons et femmes et les hommes. « Il faut combattre le sexisme et les violences à la racine, en parler dès le plus jeune âge » défend la coordinatrice du projet, Olivia Amos. «  Et il faut absolument donner la parole aux enfants. »

Du CM1 à la terminale, 22 groupes issus d’écoles, MJC ou encore de maisons de quartier participent à des ateliers pour réfléchir sur les discriminations, en débattre et « s’emparer de la notion d’égalité ». À partir de la question « Et si le masculin ne l’emportait plus ? », les jeunes ont créé des affiches de sensibilisation.

L'effet miroir

À Bréquigny, les élèves ont imaginé des mondes inversés. « On a pris des situations où les hommes dominent, comme en politique, au travail ou au foyer, et on a inversé les rôles. On trouvait ça impactant : se mettre à la place de l’autre permet de réaliser les inégalités », présentent Anaïs et Melwen. Elles mettent ainsi en lumière la violence des stéréotypes de genre et la banalisation des rôles genrés.

Liz et son groupe ont imaginé des hommes croulant sous les tâches domestiques, pendant que les femmes se détendent. Éloïse et ses camarades s’attaquent à la sexualité et au contrôle du corps féminin : « On est parties de l’expression “poule pondeuse”, que l’on a transformée en “coq pondeur”. » Un concept percutant pour dénoncer une vision de la femme réduite à un objet de procréation.

En ST2S (sciences et technologies de la santé et du social), ces futures professionnelles du soin pointent des biais sexistes dans la santé, ancrés dès la formation, comme en témoignent leurs manuels : « Les schémas représentent toujours des hommes. On ne voit le corps de la femme que pour la reproduction. » Un constat qui s’étend à la médecine comme à la sécurité, où les femmes restent les grandes oubliées. « On doit lutter pour être reconnues, et les adultes nous voient comme des rebelles, alors que l’égalité devrait juste être la norme », clame Melwen.

Sortir du silence

En participant à Penser demain, elles espèrent transformer ce combat en une évidence collective. C’est aussi la volonté des élèves de l’école primaire Marcel Pagnol. Ici, douze élèves participent au projet.

« Ils sortent du silence et partagent des expériences discriminantes qu’ils ont vues ou vécues et qui les ont marquées, comme des remarques sexistes dans la cour ou des scènes de racisme dans les transports, raconte leur animatrice, Céline Adibi. Peu à peu, ils apprennent à verbaliser, conscientiser et agir, jusqu’à oser dire qu’un comportement n’a pas lieu d’être. » Leur affiche appelle à l’union : « Citoyens et citoyennes, soyons allié·es ».

Un jury se réunit le jeudi 9 avril 2026 pour sélectionner trois visuels qui seront affichés dans les rues de Rennes en juin. Les autres seront visibles en ligne et exposés, également en juin, aux Champs Libres. « La parole est rarement donnée aux jeunes, j’ai tellement hâte de la voir affichée ! », s’enthousiasme Olivia Amos. « Un jour, un enfant m’a dit : “Même si on ne gagne pas le concours, on a tout gagné en y participant” », conclut Céline Adibi.