Les portes Mordelaises : quand Rennes réveille ses remparts oubliés et renoue avec son histoire

Les portes Mordelaises sont un vestige de l’époque où Rennes était entourée de remparts, dès l'antiquité. Lorsque la ville s’est ouverte, elles ont été oubliées. En les mettant en valeur, Rennes renoue avec un grand bout de son histoire, en fait un lieu de balade avec terrasses et jardins. 

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Vue sur les portes mordelaise avec la nouvelle passerelle au premier plan.

Droits réservés : Arnaud Loubry, Rennes, Ville et Métropole

La porte ou les portes mordelaises ? Les deux s’emploient à travers les usages et les livres savants. Tantôt « la », tantôt « les ». Il est vrai que la rue des Portes-Mordelaises, côté cathédrale, débouche sur deux portes, l’une piétonne et l’autre charretière. Quoiqu’il en soit, cette entrée dans la ville est intéressante pour des raisons historique et militaire, mais aussi symbolique. En effet, c’est par là que passaient les ducs et duchesses de Bretagne pour entrer dans Rennes. C’est là que, la veille de leur couronnement à la cathédrale Saint-Pierre, ils prêtaient serment et s’engageaient à défendre les libertés bretonnes.

Vue en hauteur de la porte mordelaise avec le pont-levis fixe et les douves.

Avec un peu de hauteur, on perçoit bien le système défensif mis en place au Moyen Âge pour éloigner les visiteurs indésirables. 

Droits réservés : Arnaud Loubry - Rennes, Ville et Métropole

De l’Antiquité au Moyen Âge

Le Moyen Âge

La porte telle que nous la connaissons aujourd’hui a été construite au 15e siècle, à la fin du Moyen Âge. Elle s’est dotée d’éléments défensifs répondant aux nécessités militaires de l’époque et à sa position stratégique à côté de la cathédrale. Les deux tours en demi-cercle de près de 13 mètres de haut ont été édifiées autour du corps central large de 5,60 mètres, formant ainsi un châtelet.

Chaque porte, celle pour les piétons et celle pour les charrettes, était munie d’un pont-levis qui permettait de franchir un fossé rempli d’eau, la douve. Les fentes qui accueillaient le système de levage sont toujours visibles. Aujourd’hui, un seul pont, fixe, a remplacé les deux ponts-levis. L’ensemble est pourvu de mâchicoulis par lesquels on lançait des projectiles sur les intrus. Au-dessus de la porte principale, on voit encore le blason sculpté avec les deux lions qui portent des drapeaux. Sans doute étaient-ils ornés du symbole ducal : l’hermine.

Carte des années 1680 qui montre l'évolution de la ville et de ses remparts.

Plan des années 1680. L'enceinte romaine entourait la partie A, la "vieille ville". Au 15e siècle, on entoure de murailles la partie B, "la ville neuve" et on réaménage les remparts de la "vieille ville", en particulier la porte mordelaise.

Droits réservés : Musée de Bretagne

Traces de l’Antiquité

Des fouilles ont révélé que la porte mordelaise correspondait en réalité à une entrée bien plus ancienne qu’on ne l’imaginait. À cet endroit précis se trouvait une des portes de la première enceinte de la ville datant de l’Antiquité. Lorsque nous nous tenons devant la porte du Moyen Âge, nous sommes donc aussi dans un des hauts lieux de Condate, le nom gallo-romain de Rennes.

Elen Esnault, de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), qui a conduit les fouilles, est « sûr à 90 % » que la porte mordelaise « est construite sur une base datant du Bas-Empire romain ». Cela signifie que, depuis le 3e siècle de notre ère, la ville s’est reconstruite sur elle-même avant de s’étendre.

La preuve se trouve dans les différents agencements de pierres. Matthieu Le Boulch, ex-doctorant en histoire et en archéologie au Musée de Bretagne, est passé expert dans la lecture « des pièces du puzzle ». Justement, entre la porte mordelaise et la tour Duchêne plus au sud, il y a fort à voir. Cette portion du mur d’enceinte remonte à l’époque antique.

Vers le 3e siècle, l’enceinte a été édifiée sans fossé. Celui-ci n’a été creusé qu’à l’époque médiévale et il a alors fallu renforcer le mur antique. Résultat : on trouve des techniques de construction du Moyen Âge, sous une partie datée du 3e siècle  !

vue sur les restes du mur gallo-romain avec différents matériaux.

Restes du mur gallo-romain au niveau du square Hyacinthe Lorette près de la Croix de la Mission. 

Droits réservés : Musée de Bretagne

Réemploi et adaptation

Dès l’époque antique, les bâtisseurs étaient adeptes du réemploi. Dans les murs du 3e siècle, on a retrouvé des blocs avec des inscriptions qui permettent de les dater d’une période allant de 198 à 273. Avant leur utilisation pour l’enceinte, ces blocs étaient des bases de statues, de colonnes, etc. Plusieurs éléments sont visibles dans l’exposition permanente du Musée de Bretagne. Ils ont été récupérés lors des chantiers d’aménagement du quai Duguay-Trouin en 1968.

Pourquoi ces réutilisations ? « Le sous-sol rennais est principalement composé de schiste bleu, assez friable et difficile à tailler, qui ne se prête pas bien aux constructions, en particulier de soubassement ». Les bâtisseurs devaient aller chercher de la pierre granitique dans les environs de Combourg ou de Dingé ou des plaques de schiste rouge à Pont-Réan. En utilisant le matériau déjà sur place, on évitait les frais et le temps de transport.

Matthieu Le Boulch précise : « Au 3e siècle, le cœur de la ville se déplace vers l’actuelle cathédrale. L’édification des 1 200 mètres d’enceinte s’est faite en réutilisant des pierres de bâtiments délaissés ou détruits pour faire de l’espace autour de la nouvelle ceinture. » Il poursuit : « L’intérêt est presque toujours de réemployer les matériaux et les plans existants ». Une forme de recyclage avant l’heure.

Blocs de réemploi utilisés pour la construction de l'enceinte, aujourd'hui exposés au Musée de Bretagne. 

Une exception existe « quand on veut dessiner un schéma de ville différent. » Ce fut le cas avec la reconstruction de Rennes, après l’incendie de 1720, lorsque la ville a adopté un plan en damier, avec de larges rues et de grandes places royales pour des raisons d’hygiène et de sécurité.

Le feu de 1720 a lui aussi changé l’usage de la porte mordelaise. Si la porte n’a pas brûlé, elle a servi à héberger les sinistrés de la catastrophe. Des appartements ont été créés, dont on voit aujourd’hui les fenêtres en partie haute. Des personnes y ont vécu jusqu’au 19e siècle.

La porte mordelaise (lien externe) présentée par Gilles de Brohan, animateur de l’architecture et du patrimoine à Destination Rennes. 

La porte mordelaise vue depuis l'intérieur de la ville. Photo prise alors qu'il fait presque nuit et que les lumières de la rue et du bâtiment sont allumées.

Ambiance de fin de journée à la porte mordelaise, côté ville.

Droits réservés : Arnaud Loubry - Rennes, Ville et Métropole

Vue imprenable sur l'Histoire

Des travaux de grande ampleur ont commencé en 2018 autour des portes mordelaises. Une première partie du chantier a équipé la porte d'un pont-levis flambant neuf.

Ce n'était qu'un premier pas ! Le réaménagement des lieux concerne une zone beaucoup plus vaste, partant du bas de la place des Lices pour longer les remparts de la rue Nantaise jusqu’à la place de Bretagne. Pour permettre une nouvelle lecture de l’histoire au cœur de la ville, le choix a été fait de désobstruer des arrière-cours pour dégager les perspectives.

Des gens profitent des nouveaux escaliers en amphithéâtre, au pied de la porte mordelaise.

Inauguration du réaménagement de la porte mordelaise.

Droits réservés : Arnaud Loubry - Rennes, Ville et Métropole

La redécouverte de cette partie oubliée de Rennes a pris du temps : jusqu’ici composée d’emprises et de bâtis privés, l’arrière de la rue Nantaise a progressivement été acquis par la Ville pour réaliser cet aménagement d’ampleur. La déconstruction de deux bâtiments conséquents aux nᵒ 10 et 18 de cette même rue a permis de libérer la perspective depuis le pont-levis de la porte Mordelaise jusqu’à la tour Duchesne.

L’aménagement progressif de la promenade révèle la muraille sur 170 mètres, depuis la rue de Juillet jusqu’à la place Foch et la Croix de la Mission. Le fossé a été recreusé au pied de la muraille et aménagé en jardin de rocaille. La promenade, réalisée dans un béton clouté s’inspirant du cailloutis médiéval, circule en surplomb, en partie sur une passerelle.

Le long des immeubles, quatre restaurants de la rue Nantaise ont ouvert des terrasses et ont pu se retourner, face à l’édifice. 
À la nuit tombée, le décor est mis en lumière en contre-plongée. 
Depuis avril 2026, le public peut redécouvrir ce site historique.

Le nouveau passage historique, à l'arrière de la rue nantaise.

Le nouveau passage historique, à l'arrière de la rue nantaise. 

Droits réservés : Arnaud Loubry - Rennes, Ville et Métropole

Un nouvel espace vert

Depuis avril 2026, le public peut pleinement profiter des lieux. Le réaménagement des Portes mordelaises transforme ce haut lieu patrimonial en une promenade verte au cœur du centre historique.  Des espaces d'assises publiques, tables et bancs, agrémentent le parcours, notamment sur l'ancien square Hyacinthe-Lorette. Le site retrouve une dimension paysagère avec la création de trois jardins : celui devant les portes, tout en gradins, celui dit jardin des remparts, composé de nouveaux cheminements piétons et d'espaces de fraicheur végétalisés : des arbustes et une douzaine d'arbres sont en terre, spécialement des amélanchiers et quatre espèces de chênes. Et, enfin, le jardin du square Hyacinthe-Lorette, jusqu'à la Croix de la Mission.

La promenade des remparts sera ouverte au public de 8 h 45 à 22 h, et sera au calme la nuit. Emprunter ce passage, c'est longer l'histoire pour finalement rejoindre les bords de Vilaine et le très contemporain belvédère des frères Bouroullec… et très bientôt, les quais de Vilaine, à présent débarrassés de leur dalle parking.