Rennes au pluriel 2026 : tisser des liens entre cultures et mémoires

Dans le cadre de Rennes au pluriel, la compagnie Héraa a organisé à l’Hôtel Pasteur une série d’ateliers, en mai 2026, invitant le public à explorer le matrimoine tunisien et l’héritage culturel transmis par les femmes. Baptisé Yasmine, ce projet artistique ouvre aussi un espace de rencontre avec l’autre et, parfois, avec sa propre histoire.

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Droits réservés : Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole

Mercredi 20 mai. À l’Hôtel Pasteur, dans une salle baignée de lumière. Un léger parfum de fleur d'oranger, des photos brodées et des gravures sur papier flottent dans l'air. Les œuvres suspendues sont celles des participants et participantes aux précédents ateliers organisés par la compagnie Héraa, invitée de Rennes au pluriel. Un événement qui « met en lumière la diversité et la multiplicité culturelle », comme le décrit Adrien Lecoursonnais, poète et metteur en scène associé à la compagnie.

Les œuvres sont suspendues durant l'atelier.

Droits réservés : Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole

Explorer le matrimoine tunisien…

Adrien chapeaute le projet artistique franco-tunisien Yasmine, qui explore le matrimoine tunisien et l’héritage culturel transmis par les femmes. Des savoir-faire artisanaux du quotidien, comme la cuisine, la couture, la broderie, aux combats sociétaux pour les droits et l’émancipation des femmes.

Rennes au pluriel est la première étape de Yasmine. Cette résidence d’un an voyagera ensuite entre différents quartiers de Rennes et plusieurs villes de Tunisie. « Le projet alterne entre temps de création et temps d’ateliers menés par artistes tunisiens et tunisiennes », précise le poète.

Il nous tend une plaquette, sur laquelle on peut lire que les artistes « invitent le public à découvrir et créer avec des mots, des objets, du fil et des photos des œuvres en écho aux récits des matrimoines tunisiens ».

Droits réservés : Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole

… Et le mettre en récit

Sur le rebord d’une fenêtre, des objets sont exposés. Un fadhila, tee-shirt traditionnel, des plats à tajine ou encore une carde à main, plaque carrée munie de petites pointes métalliques permettant de démêler et d’aérer la laine. Ces objets ont servi de sources d’inspiration pour les ateliers passés de broderie sur photos et de linogravure.

Et puisque les œuvres créées jusqu’alors valorisent principalement l’artisanat des femmes tunisiennes, les huit participants et participantes à l’atelier du jour sont invités à les habiller de mots calligraphiés tels que « fil » ou « tisser ».

Initiation à la calligraphie arabe

C’est Faïza Ouali, artiste venue de Hammamet, prochaine ville où le projet Yasmine posera ses valises, qui anime cette initiation à la calligraphie arabe. Son public s’installe autour d’une table sur tréteaux. « Vous allez pouvoir vous entraîner à recopier l'alphabet avant d’écrire des mots », propose l’artiste.

Chaque personne a devant elle des gabarits de lettres, du papier glacé, de l’encre noir et un calame (crayon en bambou). « Après avoir trempé votre calame dans l’encrier, pensez-bien à tapoter sa pointe dans du fil de soi pour enlever le surplus », avertit Faïza.

Sur fond de musique tunisienne et d’échanges, et sous le regard et les conseils avisés de l’artiste, les participants et participantes s’appliquent.

Les participants s'entraînent à la calligraphie.

Droits réservés : Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole

Découvrir l’autre à travers l’art

Plus qu'un apprentissage de l'art de la calligraphie arabe, cet atelier devient un espace de partage, de découverte de l’autre et parfois même de soi et de sa propre culture.

« Parmi les participants et participantes, il y a des curieux et curieuses, qui n’ont pas forcément de lien avec la Tunisie. C’est l’un des objectifs de Rennes au pluriel : favoriser l’altérité, glisse Adrien. Et il y a des personnes issues de la diaspora. Ici, elles redécouvrent des objets qui ont toujours fait partie de leur quotidien. C’est une véritable revalorisation de leur héritage, de celui des femmes de leur famille et de leur pays, et donc une revalorisation de soi. »

Enfin, parmi ce public, il y a des Rennais et Rennaises au parcours semblable à celui de Danielle*. Née à Tunis, elle y a vécu dix ans, alors que son père y enseignait. Cet atelier la touche particulièrement : « C’est un événement chaleureux et rassurant dans ce monde marqué par les guerres. Participer à des activités comme celles-ci permet de lutter contre le repli sur soi en s’ouvrant à l’autre. »

*La personne n’a pas souhaité communiquer son nom de famille.