À Cleunay, un cirque très média…teur

Dans le cadre d'une résidence de territoire de 3 ans, l'association ay-roop se sert des arts du cirque pour créer du lien avec les populations du quartier Cleunay. Des résidents d'un Ephad aux élèves de l'école Champion de Cicé en passant par les personnes en situations de handicap, nous avons accompagné ce tour de piste loin de tourner en rond.

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Des enfants tiennent une balle de jonglage avec leur bras droit

Droits réservés : Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole

Le cirque est un formidable trait d'union quand il s'agit de créer du lien. Il réveille des souvenirs enfouis dans l'enfance chez les personnes âgées, fait briller les yeux des plus jeunes, et donne des rêves d'évasion aux êtres emprisonnés par un handicap ou à cause d'une erreur de jeunesse. Un constat dressé après avoir suivi quelques-unes des nombreuses rencontres programmées par l'association Ay-Roop dans le cadre de sa résidence de territoire dans le quartier Cleunay.

 L'idée est de planter notre mat au centre d'un territoire, à l'école Champion de Cicé en l'occurrence, puis d'aller à la rencontre des structures se trouvant tout autour , pose Isabelle Saliot, la coordinatrice du projet. En toile de fond, l'ambition de faire connaitre le cirque, mais également de brosser le portrait d'un quartier dans toute sa diversité. Ateliers de circomotricité, rencontres avec des artistes circassiens… Les interventions se succéderont toute l'année jusqu'à la présentation de Pylône, le 14 prochain : un spectacle de mât chinois du collectif Sous le manteau, et qui refermera avec la beauté du geste cette deuxième année de résidence.

Auparavant, une dizaine d'artistes et compagnies auront dispensé leur savoir-faire et leur savoir-être auprès d'une cinquantaine d'élèves de l'école Champion de Cicé, de résidents de l'Ehpad de Cleunay, sans oublier le centre social du quartier, l'accueil de jour pour les personnes en situation de handicap (ALAPH), ou encore l'Unité éducative d'activités de jour pour les jeunes confrontés à la justice. Une cordée solidaire mobilisée pour créer du lien dans ce quartier dit "prioritaire".

Rompre la solitude à l'Ephad de Cleunay

Artiste, technicien, enseignant, François Pestel est devenu un expert de la circomotricité à force d'intervenir en milieu spécialisé. En ce jour de novembre 2025, à l'Ehpad de Cleunay, il propose des jeux en binôme, afin de  rompre la solitude des résidents et de leur permettre de s'amuser un peu . Jean se souvient de l'époque où il fabriquait des toupies avec son tour à bois. Guy avoue manquer de souplesse dans les mains pour faire tourner ces assiettes chinoises. Au moment de poser le dernier gobelet sur la pyramide, Pierre s'amuse :  Vous attendez que ça tombe, n'est-ce pas ?  Marlène, Janine, Joëlle, Michelle, Marcelle-Christiane… Un peu tiède au début, tout le monde finit par se réchauffer. On se prend au jeu, on se concentre, les muscles ankylosés par l'inactivité se réveillent un peu, comme les sourires. "On fait dans la légèreté, pose François Pestel. Ce qui est bien, c'est qu'on voit même des progrès."

Changement de décor pour notre deuxième rendez-vous, au mois de janvier. Au Milieu, le quartier général de l'association Ay-Roop, les CE2 de l'école Champion de Cicé ont rendez-vous avec Yu-Yin et Isaline, de la cie Erreur 451. Dans quelques minutes, la jeune artiste taïwanaise et sa collègue suisse présenteront quelques morceaux de leur spectacle en cours de création. L'occasion pour les élèves de se familiariser avec le diabolo et les balles de jonglage. Convaincus par ce duo diaboliquement poétique, les jeunes spectateurs applaudissent. Dans quelques semaines, ils reviendront pour s'essayer à cette technique circassienne. Trop de la balle!

À l'école Champion… du jonglage

Retour au cœur du quartier Cleunay, à l'école Champion de Cicé où François Pestel initie une cinquantaine de CE2 aux acrobaties portées, à la jonglerie et autres techniques d'équilibre sur objet. Le but de la manœuvre ?  Découvrir le cirque et développer la motricité des enfants, mais également le faire ensemble, encourager les élèves à prendre des risques et à avoir confiance. 

Deux artistes circassiennes manipulent un diabolo, devant des enfants

Au menu des CE2 de l'école Champion de Cicé, également, une visite du Milieu, le quartier général d'Ay-Roop, à Saint-Jacques-de-la-Lande 

Droits réservés : Arnaud Loubry, Rennes Ville et Métropole

D'abord, une balle par personne, puis deux, puis trois… Seul, puis en binôme… Lancer la balle en l'air pour trouver la bonne lenteur, la passer en cloche d'une main à l'autre…  En vrai, c'est un peu facile , glisse Amadou, pour dire sans perdre la face que ça n'est pas si simple. Des gestes élémentaires aux plus compliqués, les champions de Cicé vont apprendre à jongler à trois balles sans s'en apercevoir.  En décomposant tous les gestes du jonglage, on évite l'écueil de l'échec.  Rien de pire, en effet, qu'une balle perdue.

Fin du tour de piste avec le collectif Sous le manteau, à l'école Champion de Cicé. Membres de cette compagnie spécialisée dans le mât chinois, Julia et Anatole sont venus avec des bâtons de bambou, une matière première au cœur de leur création Mycélium. L'hélice, le tic-tac, l'éclipse, le kayak… Les enfants enchaînent les mouvements et poussent même le plaisir jusqu'à en inventer de nouveaux.  Les enfants sont déjà dans la créativité , sourit Anatole.

 Mycelium parle de symbiose, d'appartenance et de résistance. C'est une expérience artistique inclusive, une matière à modeler qui évolue en fonction de nos rencontres in situ avec les gens.  A en croire l'enthousiasme des CE2, pas de coup de bambou en perspective, bien au contraire ! 

Pylône, du collectif Sous le manteau, dim. 14 juin, 16h, derrière le BAM, 2 rue André Trasbot, Rennes. Gratuit. Plus d'informations sur le site d'ay-roop. (lien externe)

Jean-Baptiste Gandon

Tutu