J'aime passer de la 2D à la 3D, interpréter un dessin… Dans mon métier, il y a de la couture à la machine ou à la main, mais aussi un peu de soudure, de patine, de teinture, et de chimie…
Fabriquer des couvre-chefs pour s'amuser est une chose, mais une coiffe pour un musée en est une autre. Le musée de Bretagne avait pour projet de recréer l'uniforme du capitaine Dreyfus pour son nouvel espace d'exposition.
Une mission confiée à la costumière Bénédicte Clavier-Guillemot et à la brodeuse Céline Le Beltz. J'avais déjà travaillé avec Bénédicte sur les 400 ans du grand pardon d'Auray. Je devais fabriquer une mitre pour un cardinal du Vatican. Le problème est que son identité était tenue secrète et que je ne connaissais pas son tour de tête !
Après le goupillon, le sabre : pour le képi d'Alfred Dreyfus, le chapelier a effectué beaucoup de recherches : trouver la bonne épaisseur de tissu en drap de laine, dégoter la soutache (tresse dorée décorative) idoine, les boutons de jugulaire floqués d'une grenade et de deux canons, le nœud hongrois, le chiffre 14 correspondant à son numéro de régiment… J'ai cherché à aller le plus profondément dans la vérité de l'époque.
Je passe souvent devant le lycée Zola, où s'est tenu le procès. Vue d'Angleterre, l'Affaire n'est pas trop connue. Pour ma part, ce qui m'a plus marqué, c'est que l'armée française s'obstine jusqu'au bout dans ses mensonges.
Le French cancan et le Vatican, la fête et l'Affaire... Réflexion faite, Lewis Carroll avait raison : il faut être un peu fou pour être chapelier.
Jean-Baptiste Gandon