Que se passe-t-il quand quatre jeunes femmes photographes interrogent la mer, ce ventre nourricier propice aux récits les plus fous, mais aujourd'hui menacé ? Leur travail accouche inévitablement d'une exposition inoubliable, pour reprendre l'intitulé de l'exposition proposée par les Champs libres au Musée de Bretagne.
Un hommage à la mer, mais aussi à leur « mère » Anita Conti (1899-1997) dont elles prolongent la démarche. Pionnière de l'océanographie, photographe, celle-ci osa embarquer sur deux chalutiers (le Vickings en 1939 et le Bois Rosé en 1952) pour de périlleux voyages entre Terre-Neuve et Barents. Seule parmi les hommes, l'aventurière des temps modernes produira une œuvre documentaire au long cours qui participera largement à sensibiliser le grand public aux questions de la pêche et, déjà, à celle de l'épuisement des ressources.
Dès les années 1940, avec ses photographies en noir et blanc, Anita Conti a magnifié la fureur des flots et le labeur des pêcheurs, ces forçats de la mer, tout en tirant la sonnette d'alarme sur la surexploitation des océans. Ses héritières, Juliette Pavy, Julie Bourges, Marine Lanier et Manon Lanjouère prolongent aujourd'hui son sillon, chacune à leur manière.
Dans le sillon tracé par Anita Conti
« Aux origines de "La mer jamais ne s'oublie", il y a l'idée de regrouper dans une exposition collective quatre jeunes femmes photographes au regard à la fois singulier, délicat et sensible, commente Yves-Marie Guivarch, chargé de programmation aux Champs libres. Il est vite apparu que la figure d'Anita Conti occupait une place très importante dans leur trajectoire. Cette dernière a développé une approche à la fois scientifique, documentaire et poétique. Elle fut aussi une lanceuse d'alerte. Nous retrouvons ces quatre dimensions dans le travail des photographes exposées à ses côtés. »
En mode vingt mille yeux sous les mers pour Marine Lanier, dont les images sondent la puissance narratrice de l'univers marin. La photographe invente un récit d'aventures fantastique et poétique nourri de l'univers de Jules Vernes et de l'histoire de son arrière-grand-père capitaine de vaisseau. Plus documentaire mais loin d'être terre à terre, le travail de Julie Bourges scrute le travail de ces femmes pêcheuses ou charpentières de marine, qui jouent du ciré pour trouver leur place dans ce milieu si masculin.
Sur un navire océanographique pour étudier la pollution et l'acidification de la Méditerranée (Juliette Pavy), ou sous la forme d'un conte dystopique donnant à contempler les ruines d'un monde marin ravagé par l'exploitation humaine (Manon Lanjouère), l'exposition proposée par le Musée de Bretagne nous dit aussi que la fin du voyage risque fort d'avoir un goût amer.
À quelques mètres du lieu de l'exposition, sous la ligne de flottaison du Musée de Bretagne, une salle d'exposition des Champs libres porte le nom d'Anita Conti. Un hommage à la hauteur de son héritage.
Jusqu'au 27 septembre, au Musée de Bretagne. leschampslibres.fr/ (lien externe)